Les protections à la mode au skatepark ?? - Mini-enquête -


Peut-être difficile à croire pour les gens de "ma génération" (90's), mais ça a l'air réel : désormais, le port des protections en skatepark, notamment le casque, est devenu presque commun pour les plus jeunes générations. Bravo à vous. Du coup je m'interroge : comment cette génération a réussi ce que la précédente n'a pas su faire ?...


Dans cet article, je vais un peu généraliser. Il y aura évidemment toujours des différences en fonction des pratiques, des lieux, des âges. Tout peut être nuancé, il y a forcément des contre-exemples sur tout, mais l'idée est surtout d'observer les tendances.
*PS : j'avais sorti la photo d'illustration via une IA en 2022 : elle a déjà un côté vintage.

Il y a un bon moment, en 2018 exactement, j'avais fait un sondage insta pour savoir si vous utilisiez des protections pour rider. 18% avaient répondu positivement.
J'ai refait le même sondage 4 ans plus tard (environ 100 répondants), ce chiffre est passé à 40%.
C'est vrai que 100 répondants c'est pas la France entière, mais avant même de faire le sondage, j'avais déjà fait le constat : désormais, une très large majorité des jeunes riders de parks portent au moins le casque. Et je trouve ça génial.

"Il y a 15 ans j’étais boycotté car je ridais les contests avec protecs"

J'ai 37 ans, et quand j'en avais 15, porter des protections était plutôt considéré comme une faiblesse. En skate, si tu en mettais, c'est que tu avais peur de te faire mal (les riders de bigramp étaient un peu à part et portaient bien les protecs, pour éviter de mourir notamment, mais ce n'était pas une discipline si courante).

Eric Vidal, ancien champion de France de bowl, témoigne : 
"Il y a 15 ans j’étais boycotté car je ridais les contests avec protecs. Sur un gros contest, on m’avait dit ouvertement que j’étais sous-noté à cause de ça et que je ne gagnerais jamais avec, peu importe ce que je ferais... Tant mieux si les choses changent, ça fait monter le niveau, et c'est plus agréable à regarder pour le public, puisqu'avec des protecs, les types s’envoient plus. Avant c’était l’inverse."
Dans les années 2000 en skatepark, on croisait quelques enfants avec des protections (souvent ceux qui n'avaient pas le choix 😄), mais vraiment très rarement les adultes. D'ailleurs vraie anecdote : on ridait souvent à Marseille avec mon frère quand on était petits, et pour parler d'Eric entre nous, on disait "le mec en protecs". Comme quoi c'était un vrai signe distinctif...

Spontanément, ça me fait penser aux changements qu'on a vu un peu plus tôt à la montagne, où porter un casque il y a 40 ans relevait de l'exception. Il y a 25 ans seulement, mes parents m'avaient obligé à porter un casque sur les pistes (JAUNE en plus : c'est chaud) et j'étais vraiment l'attraction de mes potes. "Le type au casque". Aujourd'hui c'est l'effet inverse, et ce sont plutôt les "types en bonnet" qu'on remarque.

Alors voilà.
On met plus de protecs qu'avant, c'est accepté. Et même si cela semble être "factuellement" plus logique (puisqu'en théorie la priorité de l'Humain reste la survie de l'espèce, et se jeter sur 20 marches en skate ne rentre pas forcément dans ce cadre), comment a-t-on réussi à évoluer vers ça ? 

"Si tu veux entrer dans le circuit olympique les protections sont obligatoires"


J'ai fait quelques hypothèses : 

- L'évolution des skateparks : côté infrastructures, la tendance des dernières années n'est plus aux quelques modules en métal posés sur une dalle béton. Désormais, les skateparks sont plus gros, et potentiellement plus dangereux. La multiplication de ces nouveaux projets, avec des bowls, de la vert, tout ça en béton bien dur, etc, encourage certainement à se protéger.

- L'évolution des pratiques : à l'époque, on avait l'habitude de dire et d'entendre que les protections gênent les mouvements et la dextérité en skate. C'est peut-être moins le cas en trott par exemple ? Ou alors c'était déjà une fausse excuse à la base.

- L'effet COVID : Pendant le COVID, globalement, les gens ont essayé de faire gaffe, parce que personne n’avait envie de se retrouver aux urgences pour une blessure liée au sport. Phaneuf, directeur commercial chez Bern Helmets, précisait : "les familles veulent ressortir et faire du skate pour rester en forme, mais aussi se déplacer en sécurité en cette période de contamination".
(source : boardsportsource.com)

- L'influence des réseaux sociaux : avec les comptes insta très à la mode il y a quelques temps type @hallofmeat, ou toutes les vidéos virales de chutes, on est plus facilement confrontés aux conséquences de certaines chutes. Et parfois, ça calme.

- L'influence des youtubeurs : non négligeable de mon point de vue. Côté trottinette, le désormais "retraité" Scoot2street portait systématiquement des protections. Il est compliqué de mesurer précisément son influence là-dessus, mais avec ses 2 millions de followers et son excellent niveau, il est évident qu'il y a eu du mimétisme, en particulier chez les plus jeunes.

- L'influence des contests médiatisés : toujours du côté de l'influence, il est devenu commun de voir des skateurs avec protections sur les gros contests. D'ailleurs, par curiosité, j'avais regardé à l'époque les stats de port du casque sur quelques contests :

Dew Tour 2022 : 
Finale Street skate : 0/12
Finale park skate : 12/12

X-games 2022 :
Finale Street skate : 0/10
Finale park skate: 8/9

JO 2020 : 
Finale park : 8/8
Pour le park aux JO, le casque était obligatoire quel que soit l’âge alors qu’en street, il était exigé seulement pour les mineurs.

Selon Eric Vidal, il y a 2 écoles qui s'affrontent. "L’esprit Thrasher de l’époque qui au final boycotte les contests Olympiques. Si tu veux entrer dans le circuit olympique les protections sont obligatoires. Certains acceptent, d'autres non, et c'est pour ça que tu ne verras pas de Chris Russel sur un contest Olympique."

Et ce constat montre que les protections sont encore un filtre, et que le jour où un type débarque et surclasse tout le monde, il pourrait ne pas être officiellement titré s'il refuse de porter des protections. Ça peut sembler injuste. Ou alors il faut accepter que les championnats de skate ne soient pas représentatifs de l'ensemble des skateurs/skateuses, ce qui est très probablement déjà le cas. C'est un autre débat.

A titre perso, je suis fier de constater cette évolution. Tous nos sports de glisse sont dangereux, c'est comme ça. Et pourtant, cette évolution des mentalités sur les protections reste principalement valable au skatepark. Dans la rue, au moment où j'écris, leur utilisation est encore bien loin d'être la norme et ce n'est pas moins dangereux - au contraire. Est-ce que l'évolution est juste plus lente, et qu'un jour on se demandera comment on a pu faire du street sans protections ?...

Tags : glisse urbaine, skate, protections, protecs, casque, roller, skateparks

Tibo - Jackspots


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