Le skate à 35 ans, ça fait quoi ?



Ce site existe depuis plus de 15 ans, et depuis le début, c'est un peu comme mon carnet de route sur lequel je peux revoir à tout moment les skateparks que j’ai ridés. Mais aujourd’hui, en plus des parks, j'avais envie d'immortaliser cette sensation d'être un skateur de 35 ans (bon, 37 exactement, mais c'est l'idée). 
Quel que soit ton âge, ce témoignage pourra de permettre de te projeter, de te reconnaître, ou... de te souvenir ? 👴;)


"Je suis vieux"

La première chose que je constate, c'est que les skateurs de mon âge ont la fâcheuse tendance à se convaincre en permanence qu’ils sont vieux. Parfois aussi à le crier sur tous les toits.

Je ne sais pas à quel moment on a décidé d’être des vieux et si les générations précédentes faisaient pareil, mais objectivement, c’est pas le cas. Il suffit de le demander à un skateur de 50 ans :) A 35 ans, on est potentiellement à peine à la fin du 1er tiers de notre vie, et les réseaux sociaux nous montrent bien qu’à chaque tiers, le skate a sa place.

Première chose donc, et c’est aussi une note à moi-même : arrêtons de râler parce qu’on fait des ollies un peu moins hauts…. et soyons plutôt contents d’en faire.


La découverte de l'échauffement.

Ce qui change beaucoup pour moi par rapport à mes 20-25 ans, c’est le temps d’adaptation de mon corps à l'effort.

Avant, quand j’arrivais sur un spot, je balançais mon sac et j’allais attaquer le premier module sans réfléchir. Aujourd’hui, il y a un petit rituel d’arrivée, comme si le fait de m’être déplacé sur le spot était déjà un exploit. J’arrive, je me pose, j’observe, et puis surtout, je suis censé m’échauffer. Ça, c’est une vraie différence. A 35 ans, je suis à la période charnière où je sais très bien que j’en ai besoin d'une part, mais d'autre part...que je peux quand même m’en passer. Un peu paradoxal. Résultat : la plupart du temps, je fonce quand même sur le premier module, je fais mon ollie, ça ne saute pas bien haut, et tout mon corps me fait immédiatement savoir qu’il n’était pas forcément ok pour démarrer là, tout de suite.

Concrètement, sans exercice ou échauffement, je pense qu’il me faut au moins 30-45 minutes à coups de petits tricks pour me sentir à l’aise et chaud sur un spot. Psychologiquement, c’est pas simple parce que ça enlève le côté spontané de la session. Mais c’est comme ça, faut faire gaffe. On est vieux. Enfin non. Merde, j'y arrive pas.

L'acceptation. Dur.

Ensuite, il y a le côté performance.

Je vais pas vous mentir, je ne fais plus exactement les mêmes tricks qu’avant. Mais pour autant je ne me sens pas ridicule. Pour illustrer, j’ai l’impression qu’à 15-20 ans j’étais ultra motivé pour progresser, mais qu’aujourd’hui ma motivation c'est d'arriver à maintenir mon niveau. Et continuer chaque année à essayer de garder mes acquis et mes tricks me convient de plus en plus. Mon encouragement perso consiste à me dire que si je fais toujours ces tricks dans 10 ans, je serais content de moi pour un skateur de 45 ans. Seul problème… je ne sais pas encore ce qui se passe entre 35 et 45 ans 😊

Voici une illustration, effectuée sur un logiciel de qualité (paint), et basée sur mon expérience personnelle pour mettre en avant le niveau, sa perception, et l'espoir de devenir bon, en fonction du temps :

Graphique scientifique mettant en avant le niveau et sa perception en fonction du temps.


En voyant ce graphique, j'ai presque hâte d'avoir 90 ans et de me sentir pousser des ailes à chaque virage.

La limitation de la prise de risque.

C'est un peu la continuité. Chaque prise de risque est désormais calculée, et ses conséquences mesurées.
C'est fini le temps où on se jetait sans chercher à comprendre. Pour être franc, ce temps-là n'avait jamais vraiment existé pour moi, mais j'avais quand même moins peur de la chute avant... notamment parce qu'elle n'avait pas les mêmes conséquences.

A l'époque, un plâtre, non seulement ça pouvait t'éviter quelques jours de cours, mais en plus c'était un peu la classe à l'école. A 35 ans, ça veut potentiellement dire arrêt de travail, réduction de salaire, galère pour s'occuper de soi, des enfants s'il y en a... Chiant

Et surtout si tu as un plâtre, ça ne fera rire aucun de tes potes de te le signer.

J'imagine un peu ça comme ça :


Les conséquences : le lendemain.

Le lendemain, j’ai un peu mal au dos. Ça aussi c'est assez nouveau. Et c’est chiant de savoir qu’après chaque session j’aurai cette petite douleur pendant quelques jours. Moi c'est le dos, mais j’ai tendance à croire que chaque skateur de 35 ans a la chance d’avoir sa p’tite douleur bien à lui après la session. Je crois que ça fait partie du game. Déjà qu'on tient plus l'alcool (-18), si on se met à ne plus tenir le skate non plus, c'est pas la fin des emmerdes.

« Monsieur ».

Il y a aussi une chose qui a changé, c’est qu'assez souvent désormais on me vouvoie ET on m’appelle Monsieur. Le combo est dur. « Excusez-moi monsieur ». J’ai des frissons.

Je vous le dis les gars, peu importe votre âge, si vous croisez des gens qui selon vous ont entre 30 et 40 ans, tutoyez-nous, pitié. Ce sera le plus beau des cadeaux.


FINALEMENT,

Pour résumer cette vie de skateur de 35 ans, je dirais que c’est une sorte de transition entre la fougue d’un p’tit skateur plein d'espoir qui n'a pas peur de pas grand-chose, et la sagesse d’un papy skateur qui sait que la moindre chute peut l’amener à l’hosto. En gros, pour moi, c’est une période d’apprentissage et d’acceptation du fait que maintenant, j’ai des limites. C'est peut-être pour ça qu'on n'arrête pas de dire qu'on est vieux, d'ailleurs. Peut-être qu'à 35 ans, on n'accepte pas encore d'être un peu moins bon qu'avant et que c'est une période de transition. Peut-être que quand tu skates à 45 ans, tu ne penses plus vraiment à ce que tu faisais à 20 et t’es juste content de toujours pouvoir être sur ta board, entouré de jeunes qui ont 20 ans de moins que toi ?...

L'histoire me le dira (j'espère !). 

Quoi qu'il en soit, vous, les « vrais » vieux skateurs dès 45-50 ans, c'est vous les stars. Déjà pour avoir le corps qui le permet, et aussi toujours la motivation. J’espère que je serai aussi un papy skateur comme vous.
On en reparle... dans 10 ans ? :)

Tibo - Jackspots


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